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Le compositeur belge Henri Pousseur est décédé

 Henri Pousseur, un rêve éveillé

Evoquer le travail du compositeur Henri Pousseur, c’est un peu comme traverser un siècle d’aventure musicale contemporaine les oreilles et les yeux grands ouverts, en débusquant les liens improbables entre écriture pointilleuse et architecture sonore, entre quintessence instrumentale et expérience électro-acoustique.

 

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Henri Pousseur est décédé- Qwartz Pierre Schaeffer Edition 3 Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
06-03-2009

Le compositeur belge Henri Pousseur est décédé

 Henri Pousseur, un rêve éveillé

Evoquer le travail du compositeur Henri Pousseur, c’est un peu comme traverser un siècle d’aventure musicale contemporaine les oreilles et les yeux grands ouverts, en débusquant les liens improbables entre écriture pointilleuse et architecture sonore, entre quintessence instrumentale et expérience électro-acoustique.

 


Si ses premières recherches musicales le conduisirent dans le sillage du mouvement sériel développé par l’école viennoise d’Arnold Schoenberg, au côté de Pierre Boulez, de Karl-Heinz Stockhausen, ou de Luciano Berio, Henri Pousseur ne tarda pas à s’affranchir de ce qu’il appellera lui-même la « série restreinte ».

Continuellement épris de liberté créatrice, son inspiration l’amène à se prémunir des dogmes. Pour Henri Pousseur, l’essentiel est de dépasser les clivages. Tous les clivages, et notamment ceux stigmatisant l’ancien et le moderne, le « savant » et le populaire.

Il est donc primordial pour lui de réactiver ses racines et le dialogue avec son passé à travers un rapport réinventé en permanence avec l’histoire et la culture, la géographie et la sociologie. Comment expliquer autrement cet attachement viscéral qui le lie à sa Wallonie natale, depuis son influence sur la création de l’ensemble Musiques Nouvelles par, entre autres, son ami Pierre Bartholomée en 1961, jusqu’à la fondation du Centre de recherches Musicales de Wallonie en 1970, où sa manière de penser de façon plus vivante l’enseignement des réalités musicales contemporaines se traduira concrètement ?

Il lui est tout aussi primordial d’activer un vrai travail de recherche sur les possibilités musicales émergentes. Il crée ainsi en 1960 le premier studio de musiques électroniques à Bruxelles, l’Apelac, où naîtront des pièces comme Rimes, pour trois groupes orchestraux et bandes. Avec l’ensemble Musiques Nouvelles, il bénéficie d’une première interprétation adéquate de son œuvre mobile Répons en 1962. Avec Votre Faust, création réunissant musique d’opéra, bandes magnétiques et projection quadriphonique, il inaugure un travail de longue haleine avec un de ses plus fidèles amis et collaborateurs, le romancier Michel Butor, qui lui rendra d’ailleurs un hommage appuyé dans la post-face de l’ouvrage de référence écrit par Henri Pousseur et au titre si explicite, Musiques Croisées.

Au final, ce sont plus de 180 œuvres qui auront été écrites, œuvres électro-acoustiques ou mixtes. On peut ainsi citer Diechterliebesreigentraum, Couleurs Croisées, ou encore Le Procès du Jeune Chien ou La Rose des Voix, portées par les textes lus de Michel Butor. Sans oublier Seize Paysages planétaires, expérience ethno-électroacoustique ayant conduit le compositeur vers le flux d’images numériques de son projet de musique multimédiale Voix et Vues Planétaire, et dont le thème final, Vietnamibie, sera interprété par Henri Pousseur pour les Qwartz*.

Comme il aime à dire lui-même à propose de son œuvre : « Si tout cela devait finalement n’avoir été qu’un énorme rêve sans consistance – eh bien, j’aimerais encore mieux l’avoir rêvé tout éveillé, avoir rêvé celui-là plutôt qu’un autre ». Place au rêve donc.

Laurent Catala

 

*Note du Président:

Suite à un problème de santé, Henri Pousseur n'a pas pu nous rejoindre, comme il était prévu, à la cérémonie des Qwartz pour y recevoir le Qwartz Pierre Schaeffer. Voici le texte qu'il nous a adressé.

 

"Mesdames, Messieurs,


mon état de santé ne me permet pas d’être avec vous ce soir. Je le regrette et vous prie de m’en excuser. Surtout, je veux remercier Le QWARTZ et ses responsables de m’avoir attribué cet“award” qui m’associe à des créateurs de musique électronique de toutes tendances – chose qui m’est d’autant plus sympathique que voici mon nom associé à celui de Pierre Schaeffer.


Je l’ai un peu connu personnellement dans les années 50; je l’avais entre autres fait inviter à la Semaine de Musique expérimentale organisée par la RTB en octobre 1958, dans le cadre de l’Expo internationale de Bruxelles, et dont on m’avait confié la programmation (il existe deux photos fameuses du groupe des participants, dont, à côté de lui, Stockhausen, Cage, Berio, Luc Ferrari et d’autres).


Nous avions des positions différentes pour ne pas dire antagonistes, mais c’étaient des fanatismes de jeunesse qui se sont assez vite résolus, chacun travaillant le mieux qu’il pouvait dans son domaine propre.


J’admire beaucoup son énorme contribution, surtout dans son “Solfège”, à la formulation de ce qu’il a appelé “les objets sonores”, et dont beaucoup de jeunes compositeurs ont ensuite été substanciellement nourris.


Regrettant de ne pouvoir rencontrer mes plus jeunes collègues, surtout “d’autres bords”, je souhaite à cette cérémonie de se dérouler sous le regard bienveillant des dieux de la musique de toutes les cultures du monde."

Henri POUSSEUR

 

 

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